Il existe une infinité de vérités …

par | 7 juillet 2020 | Zoom

La réalité serait donc relative ? 

Vérité, réalité … de quoi parlons-nous ?

Dans le mot vérité, j’entends un postulat qui semble conforme à la réalité jusqu’à preuve du contraire.

Et dans le mot réalité, je défini ce qui est réel en soi et dont nous n’avons qu’une représentation imparfaite compte tenu des interfaces à notre disposition, à un instant T.

La vérité permet d’exprimer ce qu’on connaît de la réalité, c’est notamment le domaine de la science et de ses outils, la partie encore inconnue pouvant relever de l’intuition.

Les interfaces qui nous permettent de voir la réalité et de l’interpréter en vérités, ce sont en nous nos sens, résultats de la qualité de fonctionnement de nos organes et de toutes les cellules, bactéries, virus … qui les composent, eux-mêmes conséquence de notre histoire personnelle, générationnelle, humaine (génétique, éducation, culture, langues, langages, expériences, émotions, alimentation, mode de vie, lieu de vie, relations humaines, …). Mais on peut aussi parler des outils qui sont liées aux évolutions techniques et technologiques, qui nous permettent d’étendre nos capacités d’observation bien au-delà de nos sens pour appréhender toujours plus précisément les manifestations de la réalité.

De plus, le temps joue un rôle majeur dans la perception de la réalité puisque les interfaces peuvent évoluer, nous permettant de découvrir de nouvelles facettes ou de nouvelles dimensions d’une réalité. Ainsi l’invention du microscope a-t-il pu permettre l’accès au monde microbien, avec ses cellules, ses virus, ses bactéries, l’ADN et l’ARN, permettant de mieux comprendre la genèse de l’être humain et réfuter les théories religieuses érigées en vérité. Le séquençage de l’ADN qui apparaît dans la décennie 1970 et les machines et les logiciels de séquençage qui s’ensuivront nous ont encore permis de découvrir de nouvelles vérités, notamment une nouvelle discipline qui a émergée, l’épigénétique qui expose le fait que les gènes hérités des parents peuvent s’exprimer différemment selon des facteurs environnementaux. On est donc passé de l’idée d’un être humain immuable créé de toute pièce par Dieu – qui si elle n’avait jamais été démontrée, était prônée comme une vérité par toute la civilisation judéo-chrétienne pendant de nombreuses générations et encore aujourd’hui dans certaines communautés créationnistes – à la théorie darwinienne montrant Homo Sapiens comme le fruit de l’évolution d’une espèce parmi d’autres pour s’adapter à son environnement, par sélection naturelle et transmission à la descendance. Grâce à la génétique, on voit apparaître aujourd’hui une nouvelle théorie, qui expose que notre ADN Sapiens serait en partie composé de gènes provenant d’éléments externes, notamment des gènes de Néandertal, Cromagnon ou Denisova, ainsi que des virus, des bactéries et autres microbes qui expliqueraient certaines mutations dans l’évolution humaine. L’idée que ce ne serait pas simplement notre ADN qui aurait évolué par délestage de séquences inappropriées à notre environnement, mais au contraire par apport de nouvelles séquences issues de notre environnement. L’être humain serait le résultat d’un métissage permanent au cours du temps avec tout ce que cela peut remettre en question au-delà de la biologie.

On a découvert que nous sommes un écosystème parmi d’incalculables écosystèmes qui nous dépassent dans l’univers, voire des multivers et qu’un nombre infini d’écosystèmes peuplent notre corps. Ça représente tout de même des changements de modèles importants en seulement quelques siècles. Nous sommes capables de vivre et évoluer à partir de « fausses » vérités. Chaque vérité finit par se confronter à sa propre limite donnant naissance à une nouvelle vérité. Ou peut-être une moindre illusion.

La réalité est donc relative aux vérités qui l’interprètent, nées de l’interface utilisée pour observer.

Pour continuer dans un autre registre, le temps modifie la réalité en soi dans la mesure où toute évolution d’une réalité donne en fait naissance à une nouvelle réalité. Et donc, une vérité d’hier peut ne plus être adaptée à la réalité d’aujourd’hui ou de demain. Un individu, qu’on appellera Vincent, peut manquer fortement de confiance en lui à 20 ans, être très réservé, profondément anxieux et sans ambition ; à 40 ans être sûr de lui, très sociable et à la tête d’une grande entreprise avec une capacité de résistance au stress hors du commun ; à 47 ans, consultant, détaché des besoins matériels avec un cercle restreint d’amis. De nombreuses vérités pour 3 réalités différentes. Et si une connaissance du jeune homme qui ne l’aurait pas revu depuis ses 20 ans venait à penser à lui, il aurait du mal à imaginer sa réalité à 40 ans ou à 47 ans au vu des vérités qui lui restent en mémoire.

Également, un meilleur ami à 20 ans aurait perçu en Vincent d’autres vérités, qu’il était extrêmement intelligent, fortement confiant mais manquant cruellement d’assurance pour oser l’exprimer aux autres, qu’il ne trouvait pas de sens au monde qui l’entourait. Cet ami aurait sans doute eu plus de facilité à imaginer la potentielle réalité de Jean-Luc plus tard parce qu’il pouvait l’appréhender sous d’autres facettes.

Les vérités sont des interprétations de la réalité limitées à la conscience personnelle et/ou collective du moment.

Personnelle parce que certains éléments peuvent n’être accessibles qu’à une seule personne, une relation de couple par exemple. Un mari pourrait avoir une conscience unique de certains aspects de son épouse, tandis que les découvertes des scientifiques divulguées au public peuvent instruire des milliards d’individus : « la terre est ronde ».

Les vérités sont donc autant de facettes, de canaux d’accès à une réalité une et indivisible. Car si on modifie ne serait-ce qu’un point de cette réalité, ce n’est plus la même réalité. On peut sans doute dire que le temps transforme inexorablement toute réalité mais le temps lui-même n’est-il pas une illusion ? La réalité appartient donc à l’instantanéité. Les vérités au contraire, tentent de figer la réalité afin de pouvoir l’appréhender. Ce qui est intéressant, c’est que la recherche d’une vérité devient ainsi le meilleur moyen de comprendre la réalité et le meilleur moyen de s’en éloigner dès lors que cette vérité devient une croyance.

Retrouver l’instant présent, le fameux « carpe diem », qui est prôné par de nombreux courants de pensée, peut devenir un des moyens de rester présent à soi et à son environnement afin de « danser » avec la réalité pour accueillir toute nouvelle vérité qui pourrait apparaître.

Cet état d’esprit est loin d’être confortable puisqu’il demande de transformer ses certitudes et ses croyances en convictions et valeurs, plus souples et plus impliquantes pour s’adapter à la réalité quotidienne, mais non garanties.

Le travail du coach et du médiateur consiste notamment à faire réfléchir différemment l’individu afin qu’il porte un regard nouveau sur sa situation et son environnement de manière à traverser les résistances qui le maintiennent dans une position qui ne lui convient plus.

Toute vérité qui ne correspond plus à la réalité finira inexorablement par devenir une résistance dès qu’on en prendra conscience. Être capable de la remettre en question, de « lâcher prise », ne procède pas de la simple volonté. Au contraire, cette expression paraît totalement galvaudée, comme s’il suffisait de décider pour que ça marche : « il faut que tu lâches prise ! ».

Le « lâcher prise » semble plus correspondre au résultat de quelque chose, au constat que cela s’est produit, qu’à une cause. C’est bien parce qu’on a pris conscience d’une nouvelle vérité et qu’on l’accueille parce qu’elle correspond à nos valeurs qu’on finit par être convaincu et qu’on lâche l’ancienne vérité.

Comment voulez-vous lâcher quelque chose sans avoir envisagé une nouvelle vérité positive pour interpréter votre réalité ?

Vous êtes dirigeant d’une entreprise d’une centaine de salariés et les résultats se dégradent depuis maintenant plusieurs années. Vous avez été leader sur un marché de niche pendant 2 décennies mais voilà, le marché s’est démocratisé progressivement et de nouveaux intervenants ont pénétré votre espace, grignotant subrepticement vos parts de marché. On vous fait même des propositions pour racheter votre entreprise, mais à des conditions totalement inacceptables. Votre proche entourage n’arrête pas de vous dire de lâcher prise et d’accepter avant que la situation ne devienne désespérée. Mais c’est toute votre vie cette entreprise, vous avez été le meilleur durant tellement d’année et vous aller rebondir. Les concurrents ne feront jamais le poids face à vous car leurs produits n’égaleront jamais les vôtres. Prendre conscience précisément des conséquences de votre situation qui a évoluée et qui n’est plus adaptée, c’est une première étape nécessaire mais insuffisante pour lâcher prise. Et dans ce cas de figure, ce qu’il y a à lâcher c’est la vision de votre entreprise et de son environnement qui appartient au passé, pas forcément votre entreprise.

Ce qui pourrait être dramatique, ce serait une issue sous forme de dépôt de bilan suivie d’une dépression car vous n’auriez toujours rien lâché.

Pour pouvoir lâcher prise par rapport à une situation, il est important de prendre conscience de ce qui est en train de se passer et des risques encourus puis de transformer son regard sur la situation en découvrant une nouvelle vérité positive pour vous en cohérence avec la réalité. Une vérité porteuse de sens et de prospérité. Un accompagnement est un des moyens opportuns pour y parvenir et c’est déjà un premier pas vers le lâcher prise. Et qui sait si votre savoir-faire ne pourrait pas être porteur d’une nouvelle vision sur un nouveau marché … avec l’association d’un regard plus jeune pour conquérir une nouvelle génération.

A ce moment-là, vous constaterez que l’énergie de la colère et du stress qui vous habitait se sera transformée en confiance et enthousiasme pour relever de nouveaux challenges. Ça y est ! C’est maintenant que vous constaterez que vous avez lâché prise !

Et pourtant, la situation n’a pas encore évolué, ce n’est que votre regard qui a changé …

Exprimant une nouvelle vérité (par exemple « nos savoir-faire sont légitimes pour créer une nouvelle gamme de produits adaptés aux besoins d’une clientèle différente de notre clientèle historique ») vous devenez alors acteur du changement de votre réalité.

Grâce à cette infinité de vérités, la réalité n’est jamais certaine … car si 1 + 1 = 2 en mathématiques par convention, pas sûr que ce soit le même résultat dans un couple ou dans l’association de 2 entreprises.

Vous pouvez dès lors concevoir que vous êtes le seul frein à votre développement, jusqu’à ce que vous acceptiez de regarder les choses différemment pour capter une nouvelle vérité qui se profile à l’horizon et qui vous fasse lâcher la pédale …

Article rédigé par

Xavier Sylvestre

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